RELANCER UNE ENTREPRISE EN PANNE, UN PARI GAGNANT

Pour peu que le savoir-faire et la marque soient encore solides, une reprise peut se transformer en joli coup.
Alors que les créations d’entreprises génèrent en moyenne 1,8 emploi, les reprises en maintiennent 3,2 !», se félicite Bernadette Sozet, la déléguée générale du réseau Initiative France, qui a accordé des prêts d’honneur à 5.500 projets l’an dernier.

34% des repreneurs d’entreprise ont entre 30 et 45 ans.*

Entre 100.000 et 300.000 euros : l’apport moyen dans 45% des reprises* (* source : www.fusacq.com.)

Bien sûr, créer sa start-up à partir de rien fait rêver. Mais reprendre une affaire vacillante et la redresser peut s’avérer plus payant encore. Non seulement les aides sont nombreuses, mais si la marque et le savoir-faire sont toujours là, le redémarrage peut être rapide. Exemples à suivre.

 

 

REMETTRE UN SAVOIR-FAIRE AU GOÛT DU JOUR

 

L’artisanat est tendance. De plus en plus de jeunes entrepreneurs l’ont compris et dénichent de belles endormies pour leur offrir une seconde jeunesse. Comme Sophie-Charlotte Van Robais, qui a repris en 2006 le sellier-maroquinier Alexandre Mareuil.

Fondé en 1972 par un passionné de chasse, cet atelier bordelais se limitait aux étuis de fusils et autres cartouchières, un marché restreint, saisonnier et en décroissance. La repreneuse a diversifié l’offre, la chasse ne pesant plus que 40% : sacs de voyage, coffrets pour vins prestigieux (comme Pichon-Longueville), tabliers de sommelier, etc. Avant d’attaquer l’export, en Russie, Ukraine ou Suède.

 

Même cure de jouvence pour le fabricant d’éventails Duvelleroy, dont les deux repreneuses expédient les créations dans le monde entier (lire ci-dessous). Ou encore la papeterie de luxe Stern Graveur, datant de 1838, et relancée par la jeune entrepreneuse Estelle Delmas, dont les faire-part ou menus ultra chics séduisent de nombreuses ambassades, et même le royaume du Maroc. Son secret ? Toujours monter en gamme.

 

Duvelleroy : elles ont remis les éventails au goût du jour 

Mise de départ : 60.000 euros

Eloise Gilles et Raphaëlle de Panafieu ont racheté en 2010 Duvelleroy, une historique maison parisienne d’éventails. En relançant avec un artisan ce savoir-faire français oublié, ces diplômées de l’Essec et de Sciences po réalisent 500.000 euros de chiffre d’affaires par an, notamment via des partenariats avec des marques de luxe.

 

REPRENDRE UNE ENTREPRISE À LA CASSE

Pas peu fier de son exploit, Sébastien Creno : «C’est très compliqué pour le salarié d’une entreprise en dépôt de bilan d’expliquer aux banques qu’il veut la reprendre !» Ce nouveau patron a pourtant assuré la renaissance de Bluemega, PME basée à Saclay, qui optimise les parcs d’imprimantes de gros clients comme Total ou BNP.

Certains d’entre eux n’avaient d’ailleurs pas hésité à écrire au tribunal de commerce pour encourager cette reprise. Entre autres grâce à un prêt d’honneur d’Initiative Essonne, 230.000 euros ont été rassemblés et 10 anciens salariés sur 15 ont signé pour cette nouvelle aventure. Les offres ont été revues, les finances assainies. Résultat : 2,7 millions d’euros de chiffre d’affaires l’an dernier, un bond de 30%.

 

Même réussite dans l’Aveyron, cette fois : menuisier spécialisé dans la construction de maisons en bois, Christophe Montourcy a repris un de ses sous-traitants en liquidation, un fabricant de charpentes. Une activité complémentaire, qui a permis de sauvegarder cinq emplois et de réaliser 530.000 euros de chiffre d’affaires en 2015, avec un objectif de 680.000 euros l’an prochain.

 

RÉVEILLER UNE MARQUE ENDORMIE

«Une marque ne meurt jamais ! On a dans notre patrimoine industriel des opportunités incroyables, on manque juste d’entrepreneurs.» Emery Jacquillat, lui, a su saisir sa chance en 2009 en reprenant la Camif, vendeur par correspondance historique des profs, alors en liquidation.

Ses principaux actifs : la notoriété de la marque, et une base de 3 millions de clients. «Mais il a fallu retrouver leur confiance, comme celle des 300 fournisseurs et des salariés.». Convertie au Web et recentrée sur le mobilier made in France (70% des ventes), l’entreprise est à nouveau rentable depuis deux ans.

 

Jolie renaissance aussi pour les mythiques biberons Dodie, rachetés par Alain Boutboul au laboratoire américain Johnson & Johnson en 2012. L’ex-directeur de Forte Pharma a relocalisé la production hongroise en France et entamé une diversification de ses produits, vendus en pharmacie, avec l’invention d’une nouvelle génération de tétines. Pari gagné : les ventes ont atteint 13 millions d’euros en 2015 (+ 8%).

 

S’APPUYER SUR LE FINANCEMENT PARTICIPATIF

Les repreneurs 2.0 le savent : le financement participatif permet de générer du «love money», ou soutien affectif, surtout quand l’entreprise a un fort ancrage local. Cas d’école, la biscuiterie Jeannette a explosé tous les plafonds du site Bulb in Town, à 430.000 euros (lire ci-dessous).

Finance participative : prêtez à une entreprise et recevez de 4 à 10% d’intérêts

Via de multiples plates-formes, d’autres PME ont profité du crowdfunding pour renaître – et faire parler d’elles. C’est notamment le cas des thés et infusions bio Ti, fabriqués par les ex-salariés de l’usine Fralib de Gémenos (Bouches-du-Rhône). Regroupés en Scoop, ils se sont relancés sous une nouvelle marque, baptisée 1.336, en vendant leurs produits directement sur le site de financement participatif Ulule. Bien vu : ils ont rassemblé 3.000 précommandes.

 Biscuiterie Jeannette : grâce au crowdfunding, ils ont fait renaître cette biscuiterie ancestrale

 

Mise de départ : 1,1 million d’euros dont 125.000 euros d’apport personnel de Georges Viana.

Ancien de Suez, où il était spécialisé dans le redressement d’entreprises, Georges Viana a pratiqué cet art à son compte avec la biscuiterie Jeannette, née en 1850 à Caen.

Aidée par un généreux crowdfunding, la nouvelle usine produit désormais 1 tonne de madeleines haut de gamme par jour, aromatisées rose-framboise, menthe-citron, ou en version apéritive. Georges Viana espère bientôt construire une seconde ligne de production pour fournir les hypers.

Chiffre d’affaires septembre 2015 : 13.000 euros

→ Chiffre d’affaires décembre 2015 : 170.000 euros

Pour Georges Viana, «le secret d’un redémarrage réussi ? Ne rien lâcher sur la qualité»

 

 

Par Benoît Berthelot